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« s'avérer vrai », une autre périssologie gênante ?
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S'avérer vrai...

Suite à une interview le mardi 06 novembre 2018, dans laquelle le président Macron a parlé d'« informations qui se sont avérées fausses... ». Réactions immédiates sur les réseaux sociaux, dans les groupes qui veillent à la préservation du français d'antan ou autres gardiens de notre langue : « Avérées, veut dire “révélées vraies”, non ?” », sans même observer que le président a employé la forme pronominale du verbe et que l'internaute, avec un comportement proche de l'hypercorrection, avait confondu les sens des verbes “avérer” et “s'avérer”.

Cette attitude est fréquente chez des spécialistes d'un domaine particiculier. Ainsi les nombreux profs de français qui soutiennent la croyance erronée propagée par Voltaire selon laquelle la locution « par contre » serait fautive, et invitent à la remplacer systématiquement par la locution « en revanche ». Ces propos sont à ce point inexacts que l'Académie française, dans la dernère édition du DAF, sous le vedette « contre » a cru bon d'ajouter : « Par contre, en revanche, d'un autre côté, en contrepartie, en compensation, à l'inverse. • Condamnée par Littré d'après une remarque de Voltaire, la locution adverbiale Par contre a été utilisée par d'excellents auteurs français, de Stendhal à Montherlant, en passant par Anatole France, Henri de Régnier, André Gide, Marcel Proust, Jean Giraudoux, Georges Duhamel, Georges Bernanos, Paul Morand, Antoine de Saint-Exupéry, etc. Elle ne peut donc être considérée comme fautive, mais l'usage s'est établi de la déconseiller, chaque fois que l'emploi d'un autre adverbe est possible. » Le choix des caractères gras est celui de l'Académie.

Étudions ces « s'avérer vrai ou faux »-là d'un peu plus près.

  
 

Ce qu'en disent nos autorités de la langue française

C'est une vieille discussion : l'expression « s'avérer vrai » est-elle pléonastique ou non ? Sait-on pourquoi cette tournure a un jour été condamnée ? Une rapide consultation des dictionnaires de l'Académie française pourra certainement donner un premier éclairage à ce débat :

Dans sa quatrième édition publiée en 1762, le DAF ne mentionnait pas la signification pronominale du verbe. On y lisait seulement une définition d'un verbe transitif non pronominal « AVÉRER, v.a.
Faire voir qu'une chose est vraie. On a avéré ce fait-là. C'est une chose qu'on ne peut avérer. 
C'est un fait avéré. Une chose avérée. » Expressions encore utilisées aujourd'hui, mais jamais on ne rencontrait « avéré vrai »... en 1932 encore, le DAF 8e édition indiquait que ce verbe AVÉRER n’était plus guère employé qu’au participe passé.

Aujourd'hui, dans le dictionnaire de l'Académie française – dans sa neuvième édition pas encore achevée – on peut lire une définition d'un verbe pronominal... la langue française évolue.
« S'AVÉRER Être confirmé. Se révéler en réalité », suivi des exemples suivants : « Il s'est avéré un excellent homme d'affaires. L'entreprise s'avéra vaine. L'enquête s'est avérée difficile. Impers. Après quelques recherches, il s'avéra que la chose était impossible. Il s'est avéré que vous aviez raison. »

Une première erreur donc : confondre les définitions et synonymes des verbes AVÉRER et S'AVÉRER.

Nombreux sont d'ailleurs les grammairiens ou dictionnaires qui en précisent le sens actuel (se montrer, être perçu, paraitre, apparaitre, se révéler, être, se manifester, se montrer à la lumière de l’expérience ou de la réflexion, se révéler réellement, se confirmer, passer pour, s'afficher comme, être considéré comme...) en oubliant peu à peu sa signification première (sensible à la vérité) devenue désuète ; ils le classent souvent comme verbe copule, verbe attributif ou verbe d'état, comme le sont de nombreux verbes utilisés à la voix passive ou à la forme pronominale (juger, trouver, présumer, couronner, nommer, lire, vivre, mourir, sortir, revenir, arriver, tomber, partir, manger, boire, etc.).

Comme chacun sait (ou devrait savoir), la forme pronominale d'un verbe copule indique que l'action du verbe n'est ni réfléchie (action portée par le sujet sur lui-même, comme se laver), ni réciproque (action portée par le sujet sur un autre élément exprimé par le même sujet) mais qu'elle exprime une voix passive (action subie par le sujet) : qui oserait prétendre qu'en expliquant que « ces vins se boivent frais » un vin boive lui-même ou boive ses congénères ? Non, ils s'avèrent meilleurs quand ils sont frais, s'ils sont bus frais...

Une deuxième erreur apparait ici : expliquer le contresens d'un verbe pronominal actuel, copule, à sens passif par le sens d'un vieux verbe transitif qui n'est plus utilisé .


wwwwwwwwwww ; ils ajoutent des commentaires, tels que :
– construction fréquente avec un attribut du sujet qui peut être un adjectif, un substantif ou une expression à valeur adjective et les exemples :
1.-
* on commençait à faire parler les écrans et comme Jacques s'avérait phonogénique on lui donnait des tas d'espoirs. Queneau, Loin de Rueil,1944, p. 172.
* Le plus fréquemment, le verbe s’avérer sert à introduire un attribut du sujet. Cet emploi, création du XXe siècle, « a rencontré un tel succès » (Grevisse, 1993, § 242, p. 326) que l’Académie française l’a accepté en 1986.
Le ministre du Développement économique croit que l’innovation s’avérera payante à long terme. (L’attribut payante se rapporte au sujet innovation.)
La tâche s’est avérée trop difficile pour eux. (L’attribut difficile se rapporte au sujet tâche.)
Les obstétriciens s’avèrent réticents à admettre les sages-femmes dans les salles d’accouchement. (L’attribut réticents se rapporte au sujet obstétriciens.)
* l'étude des solutions étendues s'est avérée de la plus haute importance. Hist. gén. des sc.,t. 3, vol. 1, 1961, p. 287.
* L’expérience nous apprend que les promesses électorales s’avèrent souvent imprudentes.
Les cures de rajeunissement s’avèrent illusoires.

2.-
* la nouvelle courante faite, comme on voit, de pièces et de morceaux, s'avéra une réussite. P. Schaeffer, À la recherche d'une mus. concr.,1952, p. 42.

 

  
 

Ce qu'en disent certains grammairiens ou auteurs connus...
qui ne connaissaient probablement pas la langue française...

Bon nombre d’auteurs – Grevisse dans ses Problèmes de langage (qui datent de 1961), André Goosse dans Le bon usage, Joseph Hanse, Daniel Blanpain, la grammairienne Madeleine Sauvé, le Grand Larousse de la langue française (déjà en 1971) – jugent ces tournures bien ancrées dans l’usage.
Hanse soutiendrait que l’emploi de s’avérer au sens étymologique est en fait sorti de l’usage et que s’avérer faux ne renferme donc aucune contradiction, ni s’avérer vrai de pléonasme. Même Le petit Larousse ne donne à s’avérer que le sens neutre de « se révéler, apparaître ».

Ces sources autorisées devraient nous faire accepter les deux tours. Mais, il s'agit là bien sûr, d'une question de goût. Ceux qui « sentent » encore l’étymologie de avérer (non pronominal), qui n’ont pas encore pu oublier le sens premier de ce verbe non pronominal d'avant 1762, qui perçoivent encore vrai dans s'avérer peuvent encore avoir, selon le mot de Maurice Grevisse, une « répugnance instinctive à faire rouler en tandem s’avérer et faux ». Mais cette répugnance personnelle ne saurait tenir lieu d’interdit.
Selon lui, on autorise aussi l'emploi de s'averer suivi d'un infinitif (Elle s'avère être grande.) [§ 791 h, avant-dernière édition : Paraître, sembler, être censé, passer pour, se trouver, se révéler, s'avérer, qui s'emploient ordinairement avec un attribut, peuvent aussi être suivis, avec un sens analogue, d'un infinitif (être compris)]. Il ajoute également, § 242 b 5°, que s'avérer construit avec un attribut est une tournure du vingtième siècle.

D'autres grammairiens précisent qu'il est tout à fait possible de faire suivre avérer d’un adjectif à condition qu’il ne soit pas redondant et qu’il n’entre pas en contradiction avec le sens du verbe : Les conseils qu’il nous a donnés se sont avérés utiles. Les vacances que nous avons passées à la campagne se sont avérées reposantes.

Certains vont même jusqu'à préciser qu'avec la tournure impersonnelle il s’avère que, l’emploi des adjectifs vraifaux, exact… ne pose aucun problème : Il s’avéra que le calcul était faux.

 

 

L’oubli du sens étymologique du verbe s’avérer est généralisé. La construction du verbe s’avérer avec un attribut n’a plus à être remise en question : « [...] elle est utile et enrichit la langue » (Hanse et Blampain, 2000, p. 87).
De grands auteurs emploient le verbe sans se soucier de l’idée de vérité que son étymologie fait ressortir. Ainsi, dans Les mémoires d’Hadrien, Marguerite Yourcenar, pourtant reconnue comme une puriste, écrit : « Quand tous les calculs compliqués s’avérèrent faux... » (Gallimard, 1980, p. 35).

 

Si vraiment vous êtes allergique à ce point, si votre oreille est à ce point choquée par la cohabitation des termes s'avérer et d'adjectifs tels vrai, faux, correct ou inexact, il vous reste loisible, mais non exigé grammaticalement ni étymologiquement de faire usage d'expressions équivalentes :
Le témoignage est apparu vrai (au lieu de *s’est avéré vrai : pléonasme),
La liste de ses biens s’est révélée erronée (au lieu de *s’est avérée erronée : contresens),
Ce produit de nettoyage s’est révélé dangereux (plutôt que Ce produit de nettoyage s’est avéré dangereux).
Il nous est apparu comme un chercheur désintéressé (plutôt que Il s’est avéré.)
Cette hypothèse est prometteuse (plutôt que Cette hypothèse s’est avérée.)

Cependant, rien ne vous autorise plus à dire que ces tournures sont inexactes. Le lien à la vérité, est aujourd'hui perdu, « s’avérer » se rencontre avec l’adjectif faux :

« Bien que ses calculs s’avérassent faux sans jamais d’exception. »
(H. de Montherlant, Hist. d’amour de la Rose des sables, p. 107)
 
« De toute façon, confie Bruno Le Roux, patron des députés PS, les calculs électoraux ne s'avèrent jamais justes ! »
(Michel Revol, dans Le Point n° 2079, juillet 2012)
 
« l’enchaînement s’avérer vrai est traditionnellement vu comme un pléonasme, l’idée de vérité étant présente dans les deux mots. L’enchaînement s’avérer faux, lui, est souvent considéré comme contradictoire. Il semble toutefois exagéré de condamner ces deux tournures, puisque l’idée de vérité derrière le verbe avérer est de moins en moins sentie »
(Office québécois de la langue française, rubrique “avérer”)
 
s_averer_yourcenar« Les vues de l'homme s'avèrent toujours fausses et le réel ne coïncide jamais avec ce qu'il recherchait... »
(Mémoires politiques, François Mauriac, 1951)
 
« Jusqu'au jour où il est avéré qu'il est faux, et on le rejette avec dégoût, comme la femme... »
(Henry de Montherlant, Carnets XXII à XXVIII, du 23 avril 1932 au 22 novembre 1934, La table ronde, 1955, p. 215)
 
« Quand tous les calculs compliqués s’avèrent faux... »
(Marguerite Yourcenar, Mémoires d'Hadrien, Gallimard, 1951, p. 35)

 

 

 


  
 

Ce que nous en pensons

Faut-il laisser aux esprits étroits et historiquement peu avertis de l'évolution de la langue, le soin de répéter ce que leurs maitres ou autres blogueurs sans fondement leur ont peut-être appris : « s'avérer, vient du latin verus et signifie “vrai”, donc “s'avérer vrai” est un pléonasme et “s'avérer faux” est un non-sens ».

C'est malheureusement confondre le sens primitif du verbe AVÉRER et le sens actuel de ce même verbe, dans sa signification pronominale de S'AVÉRER. Cette évolution de sens explique pourquoi l’emploi de s’avérer avec des adjectifs comme vraiexact ou juste n’est plus jugée pléonastique par certains grammairiens, mais parfois encore à éviter selon les grammairiens qui ont peur de la critique et du sens qu'avaient les mots il y a plusieurs siècles...

Peut-être doit-on croire ce prétendant réhabilitateur de la langue française (A.L.) qui répondait à un interlocuteur qui lui faisait remarquer qu'un pléonasme ne doit pas être regardé uniquement comme une faute mais aussi comme une marque d'expressivité à l'oral « Oui par les érudits mais sinon c'est pure ignorance. » C'est avoir une petite idée de soi-même !
Ou de cet autre enseignant (M.D.Z.) qui rectifie une construction de phrase un peu douteuse d'un internaute en ces termes : « c'est incorrect et maladroit, c'est la formulation des locuteurs incapables de maîtriser l'hypotaxe et qui lui substituent la parataxe, aboutissant ainsi à un appauvrissement de la syntaxe, de l'expression et, par suite, de la pensée. C'est comme de dire : je ne sais pas c'est à qui /je ne sais pas : c'est à qui ? La formulation correcte pour votre phrase est : je réfléchis à la façon de vous dire... » Explication que personne n'osera mettre en doute... car personne n'aura compris.

  
 

Vous en voulez d'autres...

Saupoudrer de sel

Saupoudrer : Composé de sau-, v. sel et de poudrer
Du XIVe au XVIe siècle, souvent écrit saulpoudrer ou saupouldrer.
À partir du XVIIe siècle, par analogie, le sens s'est élargi : « Répandre sur un mets une matière pulvérulente ou émiettée pour l'assaisonner, le préparer. » et aujourd'hui « Répandre une matière pulvérulente sur quelque chose, parsemer, répartir en petite quantité. »
Voilà bien une périssologie née dès son origine étymologique, contrairement à «voire même» qui n'est devenu pléonastique que dans un de ses sens dérivés.

Aujourd'hui

Hui, du latin Hodie= le jour présent, aujourd'hui. Donc, "aujourd'hui" = au jour de ce présent jour 
Que penser de "au jour d'aujourd'hui" = au jour du jour de ce présent jour ?
Anciennement écrit au jour d'(h)ui. Contraction de à le jour d'hui, où le a le sens d'un dém. L'a. fr. hui, hoi « le jour où l'on est », attesté dep. ca 1100 (Roland ds Gdf.), est empr. au lat. hŏdie « id. », lui-même contraction de hō die (v. Ern.-Meillet s.v. hodieet FEW, t. 4, s.v. hodie). [cf. CNRTL aujourd'hui]
En espagnol : hoy = aujourd'hui
On pourrait dire : "à ce jour", "actuellement", "en ce moment", "maintenant"... "présentement"...
Voire même, on pourrait ne pas préciser le moment, puisque le verbe conjugué au temps présent suffit pour situer l'action ou l'idée.

Pignon de pin

PIGNON, subst. masc. Pignon (blanc, doux). Graine comestible de la pomme de pin.
Est-il indispensable de préciser s'il s'agit de pomme d'un pommier, ou de cerises de cerisier ?
Définition du pignon déjà présente dans la 1re édition du DAF (1694).

x

nn

« Mais plus personne, plus personne ne se servira de mon coeur à moi ni de ta voix à toi qui résonne dans mon oreille et mon corps à moi. » (Claude Roy, Poésies)
« Acculer au pied du mur »
Actuellement en cours
« Ajouter en plus »
Apparence extérieure
« Après le bip sonore »
« Avoir une autre alternative »
« Avoir un bel avenir devant soi »
Bénévole volontaire
Collaborer ensemble
Comme par exemple
Contraint malgré lui
« Découvrir pour la première fois »
Double alternative
« Exister réellement »
Exporter à l’étranger
Extrait tiré de
Faux prétexte
Hasard imprévu
Illusion trompeuse
« Ils sont tous unanimes »
« Incessamment sous peu »
« La panacée universelle »
Marcher à pied
Monter en haut
« Naturellement d’instinct »
Option facultative/obligatoire
Plus meilleur
« Prévenir/prévoir/préparer à l’avance »
Redemander de nouveau
« Refaire une deuxième fois »
« Relire/refaire encore »
Réserver à l’avance
Saison de la mousson (vient de l'arabe almawsin)
« S’avérer vrai »

S’esclaffer de rire
« Un danger potentiel »
« Une petite maisonnette »
« Voir de ses propres yeux »

 

 

 



Voir aussi :

et les caractères spéciaux avec "alt"... toujours utile... touche alt

caractère
capitale
À Â Ç È É Ê Ë Î Ï Ô Ù Û Ü
alt + 4 chiffr. 0192 0194 0199 0200 0201 0202 0203 0206 0207 0212 0217 0219 0220
alt + 3 chiffr. 183 182 128 212 144 210 211 215 216 226 235 234 154
 
caractère
bas d casse
à â ç è é ê ë î ï ô ù û ü
alt + 4 chiffr. 0224 0226 0231 0232 0233 0234 0235 0238 0239 0244 0249 0251 0252
alt + 3 chiffr. 133 131 135 138 130 136 137 140 139 147 151 150 129
 
caract§re
autre
« » œ æ Œ Æ esp.
inséc.
"
alt + 4 chiffr. 0171 0187 0156 0230 0140 0198 0133 0160 0147 0148 0034 0145 0146
alt + 2 ou 3 chiffr. 174 175 339 145 338 146 / 255 / / 34 / /
 
caractère
autre
¡ ¿ ¼ ½ ¾ ± ñ Ñ . .
alt + 4 chiffr. 0150 0151 0161 0191 0188 0189 0190 0177 0241 0209 0128 0 0
alt + 2 ou 3 chiffr.     173 168 172 171 243 241 164 165 / / /

Si vous n'avez pas de pavé numérique sur un ordi portable,
il suffit d'appuyer sur les touches Fn et NumLock (Inser) en même temps,
et le pavé numérique sur les touches
clavier numérique7(7)   8(8)   9(9)   0(/)

U(4)   I(5)   O(6)   P(*)

  J(1) K(2)   L(3)   M(-)


  ?(0)           /(.)   §+(+)

(la dernière ligne/colonne est/sont différente(s) selon les claviers belges, français...)
 
 


 
sera activé
et les raccourcis Alt + code chiffré fonctionneront.



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