Conseils de typographie

Jacques Attali
À demi-mot
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Le blogue de l'express



 

En recherchant quelqu'un qui défendrait la langue française quel ne fut pas mon étonnement de découvrir ce blogue de Jacques Attali, dans lequel nous avons compté plus de fautes que de paragraphes...

Le texte du 13/07/2015, découvert ce mardi 18/07/2017

D'abord un lien direct vers la page découverte du propos de Jacques Attali :

 

Ensuite, un "copier-coller" de cet article qui aura tendance à disparaitre si l'auteur ou l'éditeur du texte prend connaissance de l'analyse pédagogique de son contenu.
Au diable l'apprentissage du français, au diable l'enseignement sur base de documents réels ! Notre document classé en première page de Google a aujourd'hui disparu du moteur de recherche, mais peu importe... notre prévision concernant notre analyse était bonne : les puissants de ce monde interviennent à tous les niveaux, même dans les possibilités d'approfondissement relatives à la langue française.

Merci, Jacques et bonne analyse pour les autres.

A demi-mot

Une maladie extrêmement grave menace de gagner toute la société française. Peu a peu, sans qu on y prenne garde, elle s’insinue partout. Bientôt, elle aura fait tant de dégâts que ses dommages seront irréversibles.
Cette maladie, si surprenante, apparemment si insignifiante et anecdotique, est celle qui consiste en utiliser de plus en plus , pour s’exprimer, des abréviations, des demi-mots, au lieu des mots complets.
Cette manie se cantonnait d’abord a certains milieux. En particulier ceux du monde du spectacle, de la communication et de la publicité. On parle depuis longtemps d’une expo, de ciné, de com, de pub. Puis on a parlé de distrib, de prod, de conso, conf, redac, medoc, proto.
Cette manie, apparemment inoffensive, gagne désormais tous les milieux, même les plus légitimes. J’ai ainsi entendu récemment un grand policier, responsable du GIGN, parler de « terro » pour designer des terroristes.
De fait, chacun d’entre nous peut compléter cette liste avec ses propres tics et ceux de ses amis.
On peut trouver cela sans importance. On peut penser que d’autres sujets méritent d’avantage d’attention,
Ce
n’est pas mon avis. Il ne faut jamais négliger de traquer les signaux faibles de changement. Et les tics de langage en font partie. Aussi, cette nouvelle manie mérite-t-elle au moins d’être décryptée, comprise, remise dans son contexte.
Elle cache une volonté de faire croire en une compétence ou une expérience particulière, qui serait masquée, et que l’abréviation désignerait comme signifiante, pour un milieu restreint. Elle veut signifier aussi que le mot complet serait si souvent utilisé par ces professionnels qu’il serait légitime, pour eux, de l’abréger; parce qu’entre professionnels, on se comprend. Et parce que ceux qui ne le sont pas doivent reconnaitre par là, la compétence spécifique de ceux qui parlent ainsi.
Ceux qui ont un vrai vocabulaire spécifique, comme les médecins, ou les avocats, n’ont pas besoin de ce leurre. Et pourtant, certains désormais s’y plient. Comme si parler a demi mot était devenu une condition nécessaire et suffisante pour faire reconnaitre une légitimité.
notre
langue, et notre façon de parler en seront irréversiblement atteint. Et d’autres choses, bien plus grave encore.
Si on n’y prend garde, notre langue, et notre façon de parler en seront irréversiblement atteints. Et d’autres choses plus graves s’y joueront.
D’abord, chacun pensera bientôt que ne pas le faire est signe d’incompétence ou d’inexpérience; et on verra ces abréviations se glisser dans tous les métiers a la recherche de reconnaissance. La politique n’en sera pas exclue. Les professeurs dans les écoles seront contraints de s’incliner et d’accepter ce vocabulaire , et même de le créer eux mêmes. On parle déjà depuis longtemps de « pedago » et de « prof ». Bien d’autres demi-mots s’y multiplient.
Ensuite parce qu’une langue se vide de sa valeur si les mots sont amputés et ne disent plus tout ce qu’ils ont a dire. Ceux qui n’utilisent que 300 mots n’utiliseront alors bientôt plus que 300 demi mots. Qui a quoi a y gagner?
Aussi parce que cela révélè une société de l’apparence, de la fausse compétence. Dites vous bien que, quand vous entendrez un professionnel utiliser une telle abréviation, c’est souvent parce qu’il veut faire croire a une compétence et a une expérience inexistante.
Enfin, parce que cela valorise au-delà du légitime des métiers nouveaux, remarquablement rémunéré même s’il n’exigent aucune compétence. particulière.
Rien n’est plus utile pour soi et pour les autres que de déployer les mots dans tous leurs dimensions. Les mutiler, les piétiner, n’annoncent rien de bon. Les défendre est une petite bataille nécessaire. Et la démocratie n’exige rien d’autres qu’une infinité de ces combats en apparence dérisoire, en réalité essentiels.
 

 

les fautes

    1. A demi-mot >> À demi-mot
      Le titre « À demi-mot » commence par la préposition "à" qui doit être accentuée. Tout caractère accentué en minuscule doit l'être aussi si converti en capitales...
      cf. nos pages spéciales “capitales accentuées” ou “en début de phrase, la préposition 'à' doit être accentuée”.
       
    2. Peu a peu >> Peu à peu
      La locution adverbiale « peu à peu » réunit deux adverbes par la préposition “à”, comme le fait « petit à petit » : le “à” est donc la préposition qui doit être accentuée. (voir 1)
       
    3. Sans qu on >> Sans qu'on
      L’apostrophe est un signe typographique de ponctuation, un diacritique, voire une lettre. Issue d’une ponctuation de l’alphabet grec qui indique l’élision (qui consiste à remplacer la voyelle finale d'un mot par une apostrophe lorsqu'il est placé devant un mot commençant par une voyelle ou un h muet), elle a été empruntée par d’autres écritures, dont l’alphabet latin principalement.
       
    4. en plus , pour >> en plus, pour
      La virgule, comme le point final, sont des signes de ponctuation qui demandent l'espace après, mais qui n'en demandent pas avant.
       
    5. d'abord a cetains >> d'abord à certains
      Un troisième exemple de la non accentuation de la préposition “à”... (voir 2)
       
    6. conf, redac, medoc, proto >> conf, rédac, médoc, proto
      Rédac et médoc sont des abréviations de rédaction et de médicament... pourquoi omettre les accents en abréviations, comme dans c-à-d (c'est-à-dire), bàt (bon à tirer), tél. (téléphone) ou ciné employé à la ligne précédente?
       
    7. pour designer des >> pour désigner des
      Désigner, verbe transitif, pour indiquer, signaler, qualifier demande l'accent... rien à voir avec le franglais qui désigne un stylicien.
       
    8. attention, Ce >> attention, ce
      Une virgule ne termine jamais une phrase, ni un paragraphe et ne peut donc jamais être suivie d'une majuscule.
       
    9. pour eux, de l’abréger; parce qu’entre >> pour eux, de l’abréger ; parce qu’entre
      Un point-virgule demande une espace avant, de préférence fine, mais insécable, à défaut.
       
    10. parler a demi mot >> parler à demi-mot
      Quatrième préposition "à" non accentuée (voir 5)
       
    11. demi mot >> demi-mot
      Devant un nom, “demi” est lié à ce nom par un trait d'union;
      devant un adjectif ou un participe passé, pas de trait d'union (comme “quasi”)
       
    12. légitimité. notre langue >> légitimité. Notre langue
      Un point termine une phrase, voire un paragraphe. Le caractère qui le suit doit être une majuscule, donc noté avec une capitale.
       
    13. notre langue, et notre façon >> notre langue et notre façon
      Une énumération voit ses éléments séparés par des virgules. Entre les deux derniers, la virgule est souvent remplacée par la conjonction “et” et la virgule ne sera gardée qui si l'on veut insister sur le dernier élément.
       
    14. seront irréversiblement atteint >> seront irréversiblement atteintes
      L'attribut, employé avec l'auxiliaire “être” s'accorde en genre et nombre avec le sujet (ici : langue et façon, deux féminins singuliers)
       
    15. grave >> graves
      Adjectif devant s'accorder avec le nom “choses” (féminin pluriel) qui le précède
       
    16. notre langue, et notre façon >> notre langue et notre façon
      Un “et” et virgule : idem que (13) répétée
       
    17. seront irréversiblement atteints >> seront irréversiblement atteintes
      Attribut : idem que (14) mais mal corrigée
       
    18. d’inexpérience; >> d’inexpérience ;
      Espace insécable (ou fine) avant le point-virgule
       
    19. métiers a la recherche >> métiers à la recherche
      Encore une cinquième préposition “à” non accentuée (voir 10)
       
    20. ce vocabulaire , >> ce vocabulaire,
      Encore une virgule avec espace avant (voir 4)
       
    21. eux mêmes >> eux-mêmes
      Trait d'union nécessaire pour unir le mot “même” au pronom personnel qui le précède, à savoir : moi, toi, soi, lui, elle, nous, vous, eux. 
          [Ex. : moi-même, vous-mêmes] 
          Remarque : on écrit “même” au pluriel avec nous, vous, elles et eux (nous-mêmes, vous-mêmes, eux-mêmes) 
          sauf dans le cas du pluriel de politesse avec “vous” (vous-même) si l’on s’adresse à une seule personne,
          “nous-même” ne se met pas au pluriel non plus dans le cas
                 du pluriel “de majesté” (utilisé par les hauts dignitaires) ou “de modestie”.
       
    22. pedago >> pédago
      Abréviation qui n'a aucune raison de perdre ses accents (voir 6)
       
    23. ce qu’ils ont a dire >> ce qu’ils ont à dire
      Avoir à dire... “à”, sixième préposition à accentuer (voir 19)
       
    24. demi mots >>  demi-mots
      Devant un nom, “demi” est lié à ce nom par un trait d'union ;
      devant un adjectif ou un participe passé, pas de trait d'union (comme “quasi”)
        
    25. Qui a quoi a y gagner? >> Qui a quoi à y gagner ?
      Avoir à gagner... “à”, septième préposition à accentuer (voir 19)
       
    26. Qui a quoi a y gagner? >> Qui a quoi à y gagner ?
      Espace insécable ou fine devant un signe de ponctuation double (en français de France)
       
    27. cela révélè >> cela révèle
      Se conjugue comme geler... cela gèle... deux fautes d'accents
       
    28. Dites vous bien >> Dites-vous bien
      Trait d'union nécessaire pour unir le verbe et certains compléments pronominaux qui le suivent immédiatement, à condition que ces compléments pronominaux se rapportent au dit verbe qui le(s) précède :
      Si le verbe est immédiatement suivi de deux compléments, il faut deux traits d'union. 
          [Ex. : dis-le-moi, écarte-toi, donne-le-lui, etc., 
          MAIS va le voir, faites-moi lui parler, laisse-moi te convaincre]
       
    29. faire croire a une >> faire croire à une 
      Ce n'est que la 7e fois qu'on oublie d'accentuer la préposition “à”.
       
    30. métiers nouveaux, remarquablement rémunéré >> métiers nouveaux, remarquablement rémunérés
      Adjectif qualificatif, épithète du mot pluriel “métiers”
      et pit-être qu'on ne l'accorde pas aujourd'hui ;-)
       
    31. même s’il n’exigent aucune >> même s’ils n’exigent aucune
      Des métiers qui n'exigent aucune compétence (et pit-être comme celui de conseiller du Président)... donc “ils” n'exigent rien, surtout que le verbe est au pluriel.
       
    32. aucune compétence. particulière. >> aucune compétence particulière.
      Un point final suivi d'un adjectif correctement accordé, lui-même suivi d'un nouveau point final...
      C'est là que le typographe trouve sa place.
       
    33. dans tous leurs dimensions >> dans toutes leurs dimensions
      “Toutes” doit s'accorder avec le mot dont il est déterminant... ici, dimensions est féminin pluriel.
       
    34. rien d’autres qu’une infinité >??> rien d’autre qu’une infinité
      Un doute avant de nous prononcer... Google, près de 2 millions de "rien d'autres" pour près de 12 millions de "rien d'autre"... quelques vérifications préalables :
      Grevisse prétend que autre est un déterminant de rien, dans “rien autre” qu'ont utilisé Hugo, Zola, Thuasne, Aymé, Bernanos et autres (Bon Usage, 16e édition, 2016, p. 489, § 359), d'autres grammairiens prétendent que le “de”, élidé ici, est un déterminant partitif s'appliquant (éventuellement) à une chose non dénombrable (sans le prouver) et laissent penser qu'un “rien parmi d'autres choses” serait admissible.

      Le même Grevisse explique (Bon Usage, 12e édition, § 731) : « rien est un pronom nominal s'appliquant aux choses; les mots qui s'accordent avec lui sont du masculin singulier (genre et nombre indifférenciés représentant le neutre en fr.) ». Il semble donc naturel de faire l'accord au masculin singulier.

      Mais il faut croire que l'expression n'avoir rien de est plus souvent qu'à son tour considérée par nos contemporains comme figée au sens de « n'être pas du tout » ; partant, l'adjectif censé déterminer rien est abusivement analysé comme un attribut du sujet et se voit accordé en conséquence, de la même façon que l'on accorde, par syllepse « Votre femme a l'air soucieuse ». Même Grevisse reprend l'extrait de Roger Ikor qui écrit « hardiment » (même sous la plume d'un Grevisse, il n'est pas sûr que cet adverbe ait valeur d'absolution) : « le fascisme et l'anti-fascisme, dont la lutte, elle, n'avait rien d'abusive ».

      Rien d'anormal, rien de différent, rien d'exclusif, le singulier est le plus souvent défendu, mais rarement avec des arguments sans contradiction possible, il nous parait cependant le plus défendable.
       
    35. combats en apparence dérisoire >> combats en apparence dérisoires
      Un accord avec “combats”, masculin pluriel.