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Lexique économique et social
12 janvier 2006 
Le danger? Ni le communisme ni l'islamisme, mais le "pétrolisme"
 

"Lorsque le sage montre la lune du doigt, l'idiot ne regarde que le doigt", dit un dicton chinois. En d'autres termes, il faut rechercher les racines des événements, et ne pas se limiter à ce qui affleure à la surface. Avec le recul, il est clair que la crise dénouée in extremis entre l'Ukraine et la Russie sur le prix du gaz n'est qu'un épiphénomène d'un danger bien plus grand. D'ici peu, l'Occident redécouvrira que la plus grande menace qui plane sur lui n'est pas le communisme, l'autoritarisme ou l'islamisme, mais... le "pétrolisme", pour reprendre un néologisme de Thomas Friedman, éditorialiste au New York Times.

En refusant de promouvoir sérieusement les énergies renouvelables et une meilleure efficience de notre consommation d'énergie, l'Occident se livre pieds et poings liés au diktat d'Etats sans scrupules. Des exemples ? Avec un baril qui risque de s'établir durablement autour des $ 60, l'Iran sait qu'il a encore de beaux jours devant lui. Lorsque les Américains ont envahi l'Irak, les Iraniens ont immédiatement compris qu'il leur fallait une assurance-vie. Ils se sont donc lancés dans une course effrénée pour produire la bombe atomique, partant du principe que les Américains, bloqués dans le bourbier irakien, ne pourraient s'y opposer. Ils ont également négocié des accords pétroliers avec un tiers de l'humanité. C'est-à-dire avec l'Inde et la Chine, les deux pays affichant la plus forte demande énergétique au monde. Autant dire que l'Empire du Milieu ne laissera jamais le conseil de sécurité de l'ONU voter une quelconque sanction à l'égard de l'Iran, son principal fournisseur d'or noir.

De même, avec un baril à $ 60 et une administration Bush en fin de parcours, les pétromonarchies du Golfe persique ont compris qu'elles pouvaient gagner du temps. En contrepartie de l'absence d'élections, elles ont initié des programmes sociaux d'envergure dans l'unique but de chloroformer leurs populations. Autrement dit : l'enseignement, les soins médicaux, le gaz et l'électricité sont gratuits mais, en guise de choukran ("merci"), nous vous demandons d'oublier ces fichues élections, attributs décadents de cet Occident honni.

Le Proche-Orient n'est pas la seule zone où la manne des énergies fossiles sert à maintenir des systèmes corrompus. L'avant-dernier bastion du communisme, Cuba, vient de décrocher quelques années de survie supplémentaires, grâce au pétrole bon marché envoyé par Hugo Chávez, le "mini-Castro" du Venezuela. Quant à l'Europe, elle a fermé les yeux sur les deniers de Judas engrangés par l'ancien chancelier allemand Gerhard Schröder. Contre un salaire annuel de ? 1 million, ce dernier est devenu un vulgaire salarié de Vladimir Poutine, en acceptant de présider une société chargée de construire un gazoduc reliant la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique.

Comme le fait remarquer le New York Times, tout cela n'est rendu possible que parce que le baril de pétrole atteint $ 60. La preuve : si Boris Eltsine en Russie et Mohammad Khatami en Iran ont pu, en leur temps, initier quelque ouverture vers une démocratisation, c'est aussi parce que le baril de pétrole fluctuait autour des $ 20. La malédiction du pétrole cher, c'est qu'il nourrit les dictatures et est source de déstabilisation. Et le drame dans cette histoire est que nous sommes - hélas - coresponsables. En refusant de bannir les 4x4, en négligeant les énergies alternatives, en limitant le débat sur le nucléaire, l'Occident fait involontairement le lit des dictatures. Notre soif inextinguible d'énergie nous fait-elle revivre le déshonneur de Munich ?



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