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Lexique économique et social
Mis en ligne:29 décembre 2005 
Quelle aide pour les pays les plus pauvres ?
 

 

Annuler leur dette, c'était nécessaire. Leur accorder $ 25 milliards par an, c'est bien, mais leur ouvrir les marchés despays riches serait bien plus efficace.

En 2005, les gouvernements du monde riche ont fait de grandes promesses d'aide au développement de l'Afrique subsaharienne. En 2006, ils devraient commencer à les mettre à exécution. Vont-ils vraiment tenir leurs engagements ? Au sommet de Gleneagles, en juillet 2005, les pays du G8 ont promis d'annuler la dette d'un premier groupe de quatorze pays d'Afrique subsaharienne (un accord particulier devrait en plus être proposé au Nigeria). Ces quatorze pays répondent aux conditions des donateurs, définies par l'Initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale. Ces pays ont entrepris des réformes importantes et peuvent être considérés comme les "étoiles montantes" de la région. Un autre groupe de neuf pays pourra y prétendre dans un délai de douze à dix-huit mois, mais les conditions les concernant n'ont pas encore été précisées. Reste un dernier groupe de huit pays, dont la plupart sortent d'une guerre civile ; leur intégration dans ce programme d'aide sera envisagée ultérieurement. Les autres pays _ pour la plupart producteurs de pétrole _ ont été jugés trop riches pour bénéficier d'un effacement de leur dette (même si la majorité de leurs habitants vivent avec moins de un dollar par jour). Quant à ceux qui connaissent déjà un développement assez stable, ils sont exclus d'office du programme.

La composition des deux premiers groupes est en vérité assez lâche : le programme du G8 devra peut-être être modifié pour satisfaire le FMI. Celui-ci exige en effet que les pays se trouvant au même stade de développement soient traités sur un pied d'égalité. Cela signifie que d'autres pays pourront ainsi être inclus dans le premier groupe, mais qu'il risque aussi d'y avoir des retards. La capacité des pays donateurs d'effacer l'intégralité de la dette à compter de 2006 est donc loin d'être garantie.

Cependant, le plan d'allégement de la dette n'est pas le principal accord du sommet du G8, car il n'entraînera pas un important transfert de ressources. La promesse d'accroître le montant de l'aide est beaucoup plus généreuse : il a, en effet, été question de verser à l'Afrique un complément de ? 20,5 milliards d'euros par an d'ici à 2010, autrement dit de doubler le montant actuel.

Querelles politiques

La plus grande partie de l'aide est aujourd'hui subordonnée à une bonne gouvernance et à des réformes structurelles. De nombreux gouvernements subsahariens tiennent de grands discours mais, dans les faits, le rythme des changements est d'une lenteur désespérante. Si une action plus ferme n'est pas menée contre la corruption, l'aide complémentaire risque d'être détournée. De la même façon, si rien n'est fait pour améliorer la gestion des dépenses publiques, elle risque d'être gaspillée.

En 2006, l'agitation politique va continuer à assombrir les perspectives de la Côte-d'Ivoire. Les combats pourraient d'ailleurs reprendre si une élection n'a pas lieu dans le courant de l'année. Des troubles similaires pourraient agiter le Zimbabwe, où le président Robert Mugabe ne donne aucun signe de vouloir démissionner. Dans ces deux pays, la robuste économie a été mise en pièces par les querelles politiques, un problème récurrent dans la région. Le coup d'Etat commis en 2005 en Mauritanie rappelle également que les prises de pouvoir par les militaires continuent à représenter un risque réel et sont malheureusement très vite légitimées. En 2006, des élections se tiendront en Ouganda et en Zambie. Même si elles se déroulent dans le calme, elles n'en comporteront pas moins un élément d'incertitude. D'autres scrutins _ au Tchad, aux Comores, en république démocratique du Congo (RDC) et en Gambie_ pourraient s'accompagner de violences. Enfin, la mort de vieux dirigeants pourrait engendrer un vide à la tête de l'Etat au Cameroun, au Gabon, en Guinée et au Sénégal.

Une croissance de 4 % à 5 %

En dépit de ces inquiétudes et d'un manque de clarté en ce qui concerne les plans du G8, la croissance économique en Afrique subsaharienne pourrait à nouveau atteindre 4 % à 5 % en 2006. Ce qui ferait de la période 2004 à 2006 les trois meilleures années d'affilée depuis plus d'une génération. Les prix de certains produits de base, comme le café, le sucre et divers minerais, devraient se maintenir à un bon niveau. La vigueur des cours pétroliers, elle, sera un bienfait tout relatif : les pays producteurs de pétrole de la région feront d'énormes profits, mais la grande majorité, qui en importe, souffrira d'autant. Même si la croissance a redémarré, son taux reste bien au-dessous des 7 % nécessaires pour répondre aux "objectifs de développement du millénaire" de l'ONU, qui visent à éradiquer l'extrême pauvreté d'ici à 2015.

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Pour un grand nombre de gouvernements africains, l'une des priorités devrait être le renforcement du libre-échange (y compris par l'élimination des juteuses subventions agricoles de l'Union EURopéenne). La part de la région dans le commerce mondial a chuté de 6 %, au début des années 1980, à 2 %, aujourd'hui. Il suffirait d'accroître cette part d'un point pour fournir à l'Afrique subsaharienne quelque $ 70 milliards de plus de recettes d'exportation , un montant bien supérieur à celui produit par l'accroissement de l'aide et l'effacement des dettes. C'est dans ce domaine que le monde riche pourrait apporter la plus grande aide à l'Afrique. Mais c'est là aussi que les réformes seront les plus dures à faire passer.

Pratibha Thaker, directrice du service Afrique de l'Economist Intelligence Unit Retour


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